Je reviens dans ce village, quarante cinq ans après. Quelques choses n’ont pas changé : le chemin du soleil, l’odeur de la neige la nuit, moi peut-être ? Sans chercher, sans tourner la tête d’un côté de l’autre, sans hésiter, je sais d’évidence que le soleil se lève là, derrière le Grand Marchet, et qu’il va mettre un certain temps, près d’une heure, à passer au dessus du Grand Marchet pour chauffer le village dans la vallée. Je sais qu’il se couchera là-bas, derrière les crêtes du Mont Charvet, et qu’il y aura encore du soleil en haut de la forêt quand le village sera déjà dans l’ombre, presque la nuit. Les bras étendus, la tête haute et tendue, je montre aux enfants ce soleil invisible. Je vois donc les pinceaux du soleil colorer ce matin le Petit Mont Blanc, comme si je tenais moi-même le pinceau. Un itinéraire sans détours, un rendez-vous sans ratés. Le soleil est invisible derrière le Grand Marchet, mais je le vois. Le soleil arrive sur le Petit Mont Blanc, puis il sera sur l’Aiguille de Mey. Alors seulement il commencera, ayant surmonté le Grand Marchet, cette énorme (et fragile) borne arrondie de rocher gris, à s’écouler dans la vallée.

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